
Chez les enfants de 7 à 10 ans, manger beaucoup d’aliments ultra-transformés irait de pair avec une réaction plus forte du cerveau face aux images de nourriture appétissante, et cette réaction prédirait une prise de masse grasse un an plus tard. C’est le résultat d’une étude de l’université de Californie du Sud (USC) publiée le 23 octobre 2026 dans JAMA Network Open, menée sur 46 enfants de poids normal suivis par IRM. L’échantillon est petit, et l’étude avance une explication possible du lien entre ultra-transformés et kilos en trop.
Ce qu’il faut retenir
- Les ultra-transformés représentaient en moyenne 67,7 % des calories des enfants étudiés.
- Plus la part d’ultra-transformés était élevée, plus le striatum dorsal, une zone du circuit de la récompense, s’activait devant des photos de biscuits ou de frites.
- Une réponse plus forte de cette zone était associée à une hausse de l’IMC et du pourcentage de masse grasse un an après.
- Niveau de preuve : étude observationnelle sur 46 enfants. Elle suggère un mécanisme mais ne prouve pas de lien de cause à effet.
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Ce que montre l’étude
Les chercheurs ont mesuré par IRM l’activité cérébrale des enfants pendant qu’ils regardaient des images d’aliments très appétissants. Ils ont ensuite comparé ces mesures à ce que mangeaient les enfants et à l’évolution de leur corpulence sur environ 15 mois (448,9 jours en moyenne).
| Association mesurée | Résultat |
|---|---|
| Ultra-transformés et réponse du striatum dorsal | association positive et significative |
| Ultra-transformés et réponse du striatum ventral | pas d’association significative |
| Réponse du striatum dorsal et hausse de l’IMC | significative (p = 0,04) |
| Réponse du striatum dorsal et hausse de la masse grasse | significative (p = 0,005) |
| Ultra-transformés et hausse du tour de taille | significative (p = 0,01) |
| Ultra-transformés et hausse de l’IMC ou de la masse grasse | tendance positive, non significative |
Quand les chercheurs ajoutent la réponse du striatum dorsal dans leurs calculs, le lien entre ultra-transformés et IMC diminue de 31 %, et celui avec la masse grasse de 44 %. Autrement dit, une partie de l’association pourrait passer par cette réaction du cerveau. Les auteurs n’ont pas réalisé d’analyse de médiation formelle, l’échantillon étant trop petit.
Le sucre ajouté, à lui seul, n’était pas associé à la réponse du striatum. La prise en compte du sucre affaiblissait toutefois un peu l’association entre ultra-transformés et striatum.
Comment l’étude a été menée
Les 46 enfants (26 filles et 20 garçons, 8,7 ans en moyenne) faisaient partie de BrainChild, une étude de long terme de l’USC. Tous avaient un poids normal au départ (IMC sous le 85e percentile). Leur alimentation a été relevée par deux rappels de 24 heures, puis classée selon le système NOVA, qui range les aliments selon leur degré de transformation.
Au départ, chaque enfant a passé une IRM fonctionnelle en regardant des images d’aliments, et on a mesuré son IMC, son pourcentage de masse grasse et son tour de taille. Ces mesures corporelles ont été refaites environ un an plus tard. L’étude a été financée par l’American Diabetes Association et les NIH américains, et les auteurs ne déclarent aucun conflit d’intérêts, selon le communiqué de l’USC.
Pourquoi le striatum dorsal ?
Le striatum est une région du cerveau liée à la récompense et à la motivation, d’après le communiqué de l’USC. Les chercheurs ont observé une réaction plus forte de sa partie dorsale chez les enfants qui mangeaient le plus d’ultra-transformés, alors que la partie ventrale ne montrait pas de différence nette. Leur hypothèse : ces produits très appétissants rendraient le cerveau plus réactif aux signaux alimentaires, ce qui pourrait pousser à manger davantage.
« Le cerveau des enfants est encore en développement, les habitudes se forment encore et les préférences alimentaires se construisent », souligne la Pr Kathleen Page, autrice senior de l’étude, dans le communiqué de l’USC.
Ce que ça change pour vous
Ces résultats vont dans le sens d’un conseil déjà donné pour d’autres raisons : réduire la place des ultra-transformés dans l’alimentation quotidienne des enfants. Quelques pistes réalistes :
- Viser les produits les plus fréquents plutôt que les exceptions : céréales du petit-déjeuner, biscuits du goûter, boissons sucrées, plats préparés.
- Garder sous la main des goûters peu transformés : fruit, yaourt nature, pain avec un carré de chocolat, oléagineux pour les plus grands (attention au risque d’étouffement chez les petits).
- Cuisiner simple avec des aliments bruts, par exemple une patate douce rôtie plutôt que des frites surgelées.
- Soigner les apports en bons gras, comme les oméga-3 chez l’enfant.
- Éviter d’utiliser les produits ultra-transformés comme récompense.
Si vous vous inquiétez du poids ou de l’alimentation de votre enfant, parlez-en au pédiatre ou au médecin traitant : la courbe de corpulence se suit dans le carnet de santé, et un régime restrictif ne doit jamais être imposé à un enfant sans avis médical.
Les limites de l’étude
- 46 enfants, c’est très peu : les intervalles de confiance sont larges et plusieurs résultats frôlent le seuil de significativité.
- L’étude est observationnelle : les familles qui consomment beaucoup d’ultra-transformés peuvent différer sur d’autres points (sommeil, activité, revenus).
- L’alimentation reposait sur deux rappels de 24 heures, une photographie imparfaite des habitudes réelles.
- Le lien direct entre ultra-transformés et hausse de l’IMC ou de la masse grasse n’était pas significatif ; seul le tour de taille l’était.
- Les enfants vivaient aux États-Unis, avec une part d’ultra-transformés élevée (67,7 % des calories en moyenne) : les résultats ne se transposent pas forcément à d’autres pays.
Le contexte : ce que disaient les études précédentes
Chez l’adulte, un essai contrôlé des NIH mené par Kevin Hall et publié en 2019 dans Cell Metabolism a montré que 20 volontaires mangeaient davantage de calories et prenaient du poids avec un régime ultra-transformé, à apports en nutriments comparables, comme le rapporte la NIH Record. L’étude de l’USC apporte une hypothèse sur le « comment » chez l’enfant : une sensibilité accrue du circuit de la récompense aux signaux alimentaires.
L’équipe de Kathleen Page prévoit maintenant une étude d’intervention : remplacer une partie des ultra-transformés par des aliments peu transformés chez des enfants qui en mangent beaucoup, puis vérifier si la réponse cérébrale et la prise de poids changent.
FAQ
Qu’est-ce qu’un aliment ultra-transformé ?
Ce sont les produits classés dans le groupe le plus transformé du système NOVA, celui utilisé dans l’étude : des produits industriels élaborés, comme les biscuits, les céréales sucrées, les sodas ou de nombreux plats préparés.
Les ultra-transformés rendent-ils les enfants accros ?
L’étude ne parle pas d’addiction. Elle montre une réaction plus forte d’une zone du circuit de la récompense chez les enfants qui en mangent le plus, et un lien avec la prise de masse grasse. C’est une association, à confirmer.
Faut-il supprimer tous les ultra-transformés de l’alimentation de son enfant ?
Non, l’objectif réaliste est d’en réduire la part au quotidien. Dans cette étude, ils représentaient plus des deux tiers des calories : ramener cette proportion vers le bas est déjà un progrès.
Ce résultat concerne-t-il aussi les adultes ?
L’étude porte uniquement sur des enfants de 7 à 10 ans. Chez l’adulte, l’essai des NIH de 2019 cité plus haut a montré que des volontaires mangeaient plus de calories avec un régime ultra-transformé.
En résumé
Chez 46 enfants américains, une alimentation riche en ultra-transformés allait de pair avec une réaction plus vive du striatum dorsal face aux aliments appétissants, et cette réaction annonçait une prise de masse grasse un an plus tard. L’étude est petite et observationnelle : elle ouvre une piste, que l’essai d’intervention prévu par l’USC devra confirmer.
Sources
- Keck School of Medicine of USC et Kaiser Permanente Southern California (autrice senior : Kathleen A. Page). Ultraprocessed Food Intake, Striatal Response to Food Cues, and Adiposity Gain in Children. JAMA Network Open, 23 octobre 2026. doi:10.1001/jamanetworkopen.2026.40252
- Keck School of Medicine of USC. Children who eat more ultra-processed foods show stronger brain responses to appetizing foods. Communiqué EurekAlert!, 23 octobre 2026. eurekalert.org
- NIH Record. Heavily processed foods cause overeating and weight gain, 31 mai 2019. nihrecord.nih.gov

