
Huit semaines d’oxaloacétate, un complément alimentaire, ont été associées à une nette amélioration des troubles de mémoire et de concentration chez des femmes traitées pour un cancer du sein : leur score de plainte cognitive est passé de 29,1 à 55,5, soit de la zone « altérée » à la zone « normale ». L’étude, menée par l’équipe de la Pr Patricia Ganz à UCLA Health et publiée dans JCO Oncology Advances (communiqué du 20 octobre 2026), ne porte que sur 18 patientes et n’a pas de groupe placebo. C’est un premier signal, encore loin d’une preuve d’efficacité.
Ce qu’il faut retenir
- Résultat : les 16 patientes qui ont terminé l’essai disent toutes aller mieux sur le plan cognitif, dès la 4e semaine. La fatigue a aussi diminué.
- Dose testée : 500 mg d’oxaloacétate deux fois par jour (1 g par jour) pendant 8 semaines.
- Niveau de preuve faible : essai de phase 2 à un seul bras, sans placebo. Un effet placebo ne peut pas être écarté.
- Tolérance : surtout des troubles digestifs ; 2 patientes sur 18 ont arrêté pour cette raison. Aucun effet indésirable grave rapporté.
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Ce que montre l’étude
Le principal critère était la plainte cognitive ressentie par les patientes, mesurée par questionnaire. Les chercheurs ont aussi fait passer des tests neuropsychologiques (attention, mémoire, vitesse de traitement, fonctions exécutives) et évalué fatigue, sommeil, anxiété et dépression.
| Mesure | Résultat après 8 semaines |
|---|---|
| Score de plainte cognitive (moyenne) | 29,1 au départ → 55,5, de la zone altérée à la zone normale |
| Patientes déclarant une amélioration | 16 sur 16 ayant terminé l’essai |
| Délai d’apparition | Dès 4 semaines, avec une progression jusqu’à 8 semaines |
| Fatigue (y compris mentale) | Baisse significative |
| Capacités physiques | Amélioration significative |
| Vitesse de traitement, fonctions exécutives | Gains jugés « préliminaires » par les auteurs |
| Arrêts pour effets indésirables | 2 sur 18 (troubles digestifs) |
Ces chiffres viennent du communiqué d’UCLA Health et du résumé publié par Scientific Frontline. Les effets digestifs signalés sont des indigestions, des ballonnements, de la constipation, de la diarrhée et des nausées.
« Ces premiers résultats nous donnent une bonne raison de continuer à étudier l’oxaloacétate », résume Patricia Ganz dans le communiqué d’UCLA.
Comment l’étude a été menée
- Participantes : 18 femmes atteintes d’un cancer du sein à un stade précoce, diagnostiqué 1 à 5 ans plus tôt, avec des difficultés cognitives marquées. Âge moyen : environ 50 ans.
- Traitements antérieurs : la plupart avaient reçu une chimiothérapie et près de 90 % suivaient une hormonothérapie pendant l’étude.
- Produit : énol-oxaloacétate anhydre, 500 mg matin et soir pendant 8 semaines.
- Schéma : phase 2, un seul bras, sans groupe contrôle.
- Financement : en partie par la Breast Cancer Research Foundation et le National Cancer Institute américain.
Référence : Ganz PA, Van Dyk K, Crespi CM, Petersen L, Sedrak MS, Bower JE. JCO Oncology Advances, 2026. DOI : 10.1200/OA-26-00063.
Le « brouillard cérébral » après un cancer, de quoi parle-t-on ?
Les troubles cognitifs liés au cancer, souvent appelés « chemobrain » ou brouillard cérébral, regroupent pensée ralentie, difficultés de concentration et oublis. Selon le communiqué d’UCLA, 15 à 25 % des survivantes d’un cancer du sein gardent des difficultés persistantes. En France, l’association Oncogite, partenaire de la Ligue contre le cancer, avance que plus de 30 % des patients en ressentent après un cancer (communiqué de la Ligue contre le cancer et d’Oncogite).
On sait aujourd’hui que la chimiothérapie n’est pas seule en cause : le cancer lui-même, l’hormonothérapie, l’inflammation, les changements hormonaux et des facteurs comportementaux peuvent jouer.
Pourquoi l’oxaloacétate ?
L’oxaloacétate est une molécule que l’organisme fabrique lui-même. Elle intervient dans la production d’énergie des cellules (cycle de Krebs) et dans la régulation du glutamate, un neurotransmetteur. L’hypothèse des chercheurs est que le cancer et ses traitements entretiennent une inflammation qui perturbe ces deux mécanismes dans le cerveau. Cette piste n’est pas démontrée.
Le complément avait déjà été testé contre la fatigue. Dans l’essai randomisé RESTORE ME, chez 82 personnes atteintes d’encéphalomyélite myalgique (syndrome de fatigue chronique), 2 g par jour pendant 3 mois ont réduit la fatigue de plus de 25 %, contre environ 10 % (non significatif) dans le groupe contrôle (Cash et al., Frontiers in Neurology, 2024).
Ce que ça change pour vous
Il est trop tôt pour recommander l’oxaloacétate contre le brouillard cérébral. Si vous êtes concernée, quelques repères concrets.
Si vous envisagez d’essayer ce complément
- Parlez-en d’abord à votre oncologue ou à votre médecin traitant, surtout si vous prenez une hormonothérapie : les interactions de l’oxaloacétate avec ces traitements n’ont pas été étudiées à grande échelle.
- Méfiez-vous des produits vendus en ligne : la forme testée (énol-oxaloacétate anhydre) et sa teneur réelle ne sont pas garanties d’un produit à l’autre.
- Grossesse et allaitement : aucune donnée de sécurité ; à éviter.
- N’arrêtez jamais votre hormonothérapie à cause de troubles de la mémoire sans en parler à votre médecin : il existe d’autres pistes.
Ce qui peut aider dès maintenant
- Signaler les troubles à l’équipe soignante : ils sont fréquents et les patients en parlent souvent peu.
- La remédiation cognitive (ateliers, exercices encadrés par un neuropsychologue) est proposée en France, notamment par Oncogite avec la Ligue contre le cancer. Une revue Cochrane trouve des bénéfices possibles pour l’entraînement cognitif sur ordinateur, avec des preuves encore de faible qualité (Cochrane, 2016).
- Chercher une cause associée à la fatigue : sommeil, anémie, thyroïde, dépression ou carence. Notre article sur la vitamine B9, la fatigue et le stress détaille une de ces pistes.
Les limites de l’étude
- Pas de placebo : les patientes savaient qu’elles prenaient le complément. Une partie de l’amélioration peut donc venir de l’effet placebo ou de l’évolution naturelle des troubles.
- Très petit effectif : 18 participantes, 16 analysées. Un tel échantillon peut donner des résultats spectaculaires qui s’effacent dans un essai plus grand.
- Population étroite : femmes d’environ 50 ans, cancer du sein précoce. On ignore si l’effet existerait après d’autres cancers.
- Mécanisme non prouvé : l’action sur l’inflammation, le glutamate et l’énergie cérébrale reste une hypothèse.
Les auteurs le reconnaissent eux-mêmes et préparent un essai randomisé contre placebo de phase 2, dont l’ouverture est prévue fin 2026, ainsi que des études chez la souris pour comprendre le mécanisme (UCLA Health).
FAQ
Qu’est-ce que l’oxaloacétate ?
C’est une petite molécule produite naturellement par l’organisme, qui participe à la production d’énergie dans les cellules. Elle est aussi vendue sous forme de complément alimentaire.
L’oxaloacétate guérit-il le « chemobrain » ?
Rien ne le montre à ce jour. Cette étude sans placebo suggère une amélioration, mais seul un essai contrôlé pourra dire si le complément fait mieux qu’une gélule inactive.
Quels sont les effets secondaires de l’oxaloacétate ?
Dans cette étude, surtout des troubles digestifs (ballonnements, indigestion, nausées, diarrhée ou constipation), qui ont conduit 2 patientes sur 18 à arrêter. Les données de sécurité à long terme manquent.
Les troubles cognitifs après un cancer du sein disparaissent-ils ?
Pas toujours : selon UCLA, 15 à 25 % des survivantes d’un cancer du sein gardent des difficultés persistantes. Une prise en charge par remédiation cognitive peut être proposée.
En résumé
Chez 16 femmes traitées pour un cancer du sein, l’oxaloacétate a été associé à un recul net du brouillard cérébral et de la fatigue en 8 semaines. Sans groupe placebo, impossible de savoir quelle part revient au complément. L’essai contrôlé prévu fin 2026 dira si la piste tient ; d’ici là, mieux vaut en parler à son oncologue que se supplémenter seule.
Sources
- UCLA Health, « Nutritional supplement may help ease ‘brain fog’ after breast cancer treatment », 20 octobre 2026 : uclahealth.org
- Ganz PA et al. « Results From a Phase II Single-Arm Trial Evaluating the Safety and Efficacy of Anhydrous Enol-Oxaloacetate on Improving Cognitive Complaints in Breast Cancer Survivors ». JCO Oncology Advances, 2026. DOI : 10.1200/OA-26-00063 (résumé détaillé par Scientific Frontline)
- News-Medical, « Oxaloacetate supplement may help reduce chemo brain in breast cancer survivors », 21 octobre 2026 : news-medical.net
- Cash A et al. « RESTORE ME: a RCT of oxaloacetate for improving fatigue in patients with myalgic encephalomyelitis/chronic fatigue syndrome ». Frontiers in Neurology, 2024 ; 15. DOI : 10.3389/fneur.2024.1483876 : frontiersin.org
- Cochrane, « Interventions pour les troubles cognitifs résultant du traitement du cancer non localisé », 2016 : cochrane.org
- Ligue contre le cancer et Oncogite, communiqué de presse, janvier 2025 : ligue-cancer.net

