
Chez des patients opérés de métastases hépatiques d’un cancer colorectal, 4 g par jour d’EPA, un oméga-3 purifié, ont été associés à une survie à 5 ans estimée à 62 %, contre 45,1 % sous placebo. Ce résultat vient de l’essai britannique EMT2, mené par l’université de Leeds auprès de 418 patients dans 13 centres de chirurgie hépatique, et présenté en late-breaking (résumé LBA30) au congrès de l’ESMO 2026 à Madrid, avec des communiqués diffusés les 25 et 26 octobre 2026. L’objectif principal de l’essai, la survie sans progression, n’a toutefois pas été atteint.
Ce qu’il faut retenir
- Survie globale améliorée : risque de décès réduit de 32 % (hazard ratio 0,68 ; p = 0,03) avec l’EPA à haute dose, sans effet indésirable en excès.
- Récidive non retardée : la survie sans progression, critère principal, est quasi identique (13,5 contre 12,9 mois ; p = 0,33).
- Niveau de preuve : essai randomisé en double aveugle contre placebo, de phase 3, mais présenté en congrès et pas encore publié dans une revue à comité de lecture. Une cancérologue indépendante, Chiara Cremolini, juge une confirmation nécessaire.
- Ce n’est pas un complément d’oméga-3 du commerce : il s’agit d’un médicament sur ordonnance (icosapent éthyle) à 4 g d’EPA pur par jour. Pour comprendre la différence entre EPA et DHA, voyez notre guide EPA et DHA : rôles et différences entre les deux oméga-3.
Table of Contents
Ce que montre l’essai EMT2
Les patients sous EPA ont vécu plus longtemps, alors que leur cancer n’a pas récidivé plus tard que sous placebo. Ce décalage rend le résultat difficile à interpréter.
| Critère | EPA 4 g/jour | Placebo | Résultat |
|---|---|---|---|
| Survie globale estimée à 5 ans | 62,0 % | 45,1 % | HR 0,68 (IC 95 % 0,48 à 0,96) ; p = 0,03 |
| Survie globale médiane | Non atteinte | 59,0 mois | En faveur de l’EPA |
| Survie globale, analyse per protocole | Patients ayant suivi le traitement comme prévu | HR 0,60 (IC 95 % 0,36 à 0,99) | |
| Survie sans progression médiane (critère principal) | 13,5 mois | 12,9 mois | HR 0,89 ; p = 0,33 (non significatif) |
Côté tolérance, les investigateurs ne rapportent pas d’excès d’effets indésirables, de saignements ni de fibrillation auriculaire, et pas de baisse de la qualité de vie par rapport au placebo, selon The ASCO Post.
Le chercheur principal, le Pr Mark Hull (université de Leeds), juge ce bénéfice de survie « cliniquement significatif, s’il est confirmé par d’autres études » (News-Medical).
Comment l’étude a été menée
EMT2 (EPA for Metastasis Trial 2) est un essai de phase 3 randomisé, en double aveugle, contre placebo. D’après le protocole publié dans BMJ Open :
- Participants : 418 adultes devant être opérés, à visée curative, de métastases hépatiques d’un cancer colorectal, dans 13 centres britanniques.
- Traitement : 4 g par jour d’icosapent éthyle (EPA ester éthylique pur, 4 capsules de 1 g) ou un placebo à l’huile minérale.
- Durée : début au moins un jour avant l’opération, puis 2 à 4 ans, y compris en cas de progression.
- Critère principal : survie sans progression (récidive, progression ou décès). Critère secondaire clé : survie globale.
- Financement : Yorkshire Cancer Research, avec l’université de Leeds comme promoteur. Le laboratoire Amarin, qui commercialise ce médicament, a fourni gratuitement le produit (communiqué d’Amarin du 25 octobre 2026).
Environ 20 % des patients de chaque groupe ont aussi reçu une chimiothérapie adjuvante.
Pourquoi l’EPA dans le cancer colorectal ?
Le premier essai de l’équipe, EMT (phase 2), visait à réduire la prolifération des cellules tumorales et a échoué sur ce point. Mais les métastases hépatiques des patients traités par EPA étaient moins vascularisées, et les analyses exploratoires de survie penchaient en faveur de l’EPA. C’est ce signal qui a justifié EMT2, comme le détaille le protocole de l’essai.
À l’inverse, en prévention, les oméga-3 n’ont pas fait leurs preuves. Dans le grand essai VITAL, 1 g par jour d’oméga-3 (460 mg d’EPA et 380 mg de DHA) n’a pas réduit l’incidence des cancers, colorectal compris, d’après la fiche du NIH Office of Dietary Supplements. EMT2 teste autre chose : une dose 4 fois plus élevée d’EPA seul, chez des patients déjà malades.
Ce que ça change pour vous
Pour l’instant, la pratique courante ne change pas. La cancérologue italienne Chiara Cremolini, qui n’a pas participé à l’étude, estime que des résultats de confirmation seront probablement nécessaires avant d’intégrer ce traitement dans la pratique clinique quotidienne.
Si vous êtes concerné par un cancer colorectal
- Parlez-en à votre oncologue plutôt que d’acheter des capsules : la dose, la forme (EPA pur sur ordonnance) et la durée testées n’ont rien à voir avec un complément classique.
- N’arrêtez et ne modifiez jamais votre chimiothérapie ou un autre traitement en vous fondant sur cette étude.
- Signalez tout complément d’oméga-3 à l’équipe soignante avant une chirurgie, surtout à forte dose.
Pourquoi un complément d’huile de poisson n’est pas l’équivalent
Une capsule d’huile de poisson typique de 1 000 mg contient environ 180 mg d’EPA et 120 mg de DHA, même si les teneurs varient beaucoup d’un produit à l’autre (NIH ODS). Atteindre 4 g d’EPA demanderait donc plus de 20 capsules par jour, avec autant de DHA en plus et un produit qui n’a pas été testé dans cet essai. Notre guide sur les compléments d’oméga-3 explique comment lire une étiquette et repérer la teneur réelle en EPA.
Les précautions à connaître
- Saignements : des doses de 2 à 15 g par jour d’EPA et/ou de DHA pourraient allonger le temps de saignement (NIH ODS).
- Anticoagulants : sous warfarine ou autre antivitamine K, un suivi de l’INR est recommandé avec les oméga-3 médicamenteux.
- Fibrillation auriculaire : à 4 g par jour pendant plusieurs années, deux grands essais ont observé une légère hausse de ce risque chez des personnes à risque cardiovasculaire. EMT2 n’a pas retrouvé cet excès.
Pour le détail des effets indésirables, voyez notre article sur les effets secondaires des oméga-3.
Les limites de l’étude
- Critère principal non atteint : la survie sans progression n’a pas bougé. Le bénéfice porte sur un critère secondaire, ce qui augmente le risque de résultat dû au hasard.
- Un mécanisme qui reste flou : si l’EPA ne retarde pas la récidive, comment allonge-t-il la vie ? Le Pr Hull note que ce profil (survie globale meilleure sans gain de survie sans progression) a déjà été observé dans d’autres essais, mais Chiara Cremolini rappelle qu’il « exige une interprétation prudente ».
- Déséquilibre au départ : 16 % de diabétiques dans le groupe EPA contre 8 % dans le groupe placebo.
- Placebo à l’huile minérale : ce choix avait déjà été discuté pour l’essai cardiovasculaire REDUCE-IT, car l’huile minérale n’est pas forcément neutre (NIH ODS).
- Pas encore publié à la date des communiqués : les données viennent d’une présentation en congrès et de communiqués. L’article complet permettra de vérifier le suivi médian et les causes de décès.
Le contexte : l’icosapent éthyle, un médicament déjà connu
Le produit utilisé est celui de l’essai cardiovasculaire REDUCE-IT, où 4 g par jour d’icosapent éthyle ont réduit de 25 % les événements cardiovasculaires chez des patients à haut risque (NIH ODS). En Europe, il est autorisé sous le nom de Vazkepa pour réduire le risque cardiovasculaire chez certains adultes sous statine ayant des triglycérides élevés. En France, la Haute Autorité de santé lui a reconnu un service médical rendu important uniquement dans une population restreinte de prévention secondaire (avis de la Commission de la transparence, 2021).
Il n’a aucune indication en cancérologie à ce jour. Le communiqué d’Amarin ne mentionne aucune demande d’autorisation dans le cancer colorectal.
FAQ
Les oméga-3 protègent-ils du cancer colorectal ?
Pas de façon démontrée. En prévention, l’essai VITAL n’a montré aucune baisse de l’incidence des cancers avec 1 g d’oméga-3 par jour. EMT2 porte sur des patients déjà atteints de métastases, avec une dose bien plus forte d’EPA pur.
Puis-je prendre de l’EPA en complément pendant mon traitement ?
Seulement après en avoir parlé avec votre oncologue. Les oméga-3 à forte dose peuvent augmenter le risque de saignement, ce qui compte avant une chirurgie ou sous anticoagulant.
Quelle est la différence entre EPA et DHA ?
Ce sont deux oméga-3 à longue chaîne présents dans les poissons gras. L’icosapent éthyle ne contient que de l’EPA, alors que la plupart des huiles de poisson associent EPA et DHA. Notre guide sur les oméga-3 détaille leurs sources et leurs rôles.
Quand saura-t-on si le résultat est confirmé ?
Aucun calendrier n’a été annoncé. La publication complète de l’essai, puis d’éventuels essais de confirmation, seront nécessaires avant toute recommandation.
En résumé
L’essai EMT2 associe 4 g d’EPA par jour à une survie plus longue après chirurgie de métastases hépatiques d’un cancer colorectal, sans effet sur la récidive. Le signal est sérieux, car il vient d’un essai randomisé de phase 3, mais il repose sur un critère secondaire et reste à confirmer. Pour un patient concerné, la question se pose à son oncologue, pas au rayon des compléments.
Sources
- The ASCO Post, « Omega-3 EPA Linked to Longer Survival After Surgery for Colorectal Cancer Liver Metastases », 26 octobre 2026 (ESMO 2026, résumé LBA30) : ascopost.com
- News-Medical, « Phase 3 EMT2 trial demonstrates survival benefit for high-dose EPA », 26 octobre 2026 : news-medical.net
- Communiqué d’Amarin sur l’essai EMT2, 25 octobre 2026 : stocktitan.net
- Protocole de l’essai EMT2 (NCT03428477), BMJ Open, 2023 ; 13(11) : e077427 : bmjopen.bmj.com
- NIH Office of Dietary Supplements, « Omega-3 Fatty Acids – Health Professional Fact Sheet » : ods.od.nih.gov
- Haute Autorité de santé, avis de la Commission de la transparence sur Vazkepa, 15 décembre 2021 : has-sante.fr

